Accéder au contenu principal

Une idée me trotte dans la tête depuis toujours...

J’ai toujours porté en moi cette soif d’ailleurs, ce besoin irrépressible d’arpenter le monde, d'aller à la rencontre d'autres peuples et de m'imprégner de leurs cultures, au cœur de contrées si éloignées des nôtres.

Adolescent, la Marine nationale était devenue une idée fixe, un objectif, presque un idéal. Je rêvais de tout quitter, d'explorer d'autres horizons. Vint enfin le départ pour Querqueville, près de Cherbourg, et ses deux mois de classes. Mais l'aventure fut écourtée, l'armée décida de me réformer. Un rêve s'effondrait dans l'amertume des désillusions, cédant la place à la nécessité de reprendre le cours de mes études.

Les années ont passé. J'ai fondé une famille et je me suis investi pleinement dans ma carrière. Après de nouvelles tentatives d'expatriation professionnelle avortées, j'ai soigneusement rangé mes désirs d'évasion et de croisière pour me consacrer à mes nouvelles priorités. La voile restait bien là, tapie au plus profond de ma mémoire, mais je n'avais de cesse de la repousser, me berçant de fallacieuses excuses.

En 2018, nous embarquions en famille pour une semaine à bord d'un Hallberg-Rassy de 40 pieds, au départ de Palerme, à la découverte de la Sicile. L'année suivante, j'obtenais mon permis côtier et rejoignais un club de voile sur J80. Mais l'ambiance, trop axée sur la compétition, ne me convenait pas. Une fois encore, le quotidien reprenait ses droits, entre complexités de la vie de famille et intensité de la vie professionnelle, renvoyant la mer aux calendes grecques.

Pourtant, à l'approche de la retraite et du besoin de bâtir ma future existence, mes vieux démons marins ont refait surface : la voile, les bateaux, le large. Après avoir écumé les salons nautiques durant quelques années, j'ai voulu faire les choses avec rigueur. J'ai passé mon permis hauturier, non par obligation légale, mais pour m'immerger dans la théorie de la navigation, puis enchaîné les stages de voile, de manœuvres de port, de maintenance et sécurité en mer.

Au fil des premiers bords, un nouveau projet s'est esquissé, aux contours chaque jour plus net, accomplir le tour du monde. Le Nord de l'Europe, la Méditerranée, les Antilles, l'Amérique du Sud, la côte Est américaine, les archipels du Pacifique, l'Asie du Sud-Est, etc.

Pardonnez moi, depuis le début de cet article, j'égrène mes réflexions à la première personne du singulier. Pourtant, tout le défi résidait dans la métamorphose d'un désir solitaire. Il me fallait découvrir si ce « je » pouvait devenir un « nous ». Une telle odyssée serait l'œuvre de toute la famille, ou ne serait pas ; mon rêve devait devenir nôtre rêve. Si un jour nous levions l'ancre, je n'aurais été que le catalyseur. Et j'étais prêt, si je ne pouvais les partager, à enfouir à jamais mes élans oniriques au tréfond de ma conscience.

Nous avons parlé, échangé, argumenté des heures et des jours durant. Le sujet s'invitait inlassablement dans nos conversations. Après les premières jubilations enthousiastes ont surgi les craintes légitimes : Ne vais-je pas m'ennuyer ? Et si nous croisons des requins ? Que ferons-nous pendant, et après ? Et les études ? Et ma carrière ?

Mais très vite, l'envie et l'impatience du départ ont balayé les hésitations.

L'arbitrage entre monocoque et catamaran fut prompt. Pour y vivre cinq ans et y accueillir régulièrement nos proches, le multicoque s'imposait. Nous avions toutefois suspendu notre décision finale à une navigation de dix jours en famille sur un Lagoon 42, durant l'été 2026, au cœur de la baie de Phang Nga en Thaïlande.

L'épreuve du feu fut une révélation. Sans la moindre hésitation, la tribu a validé le grand voyage. Ensemble, nous avons choisi notre futur compagnon de route, un Fountaine Pajot 48, et scellé notre date de grand départ au 6 juin 2027.

Il nous reste dix mois de préparation. L'aventure a déjà commencé.

  • Vues : 76